« Juste écrire mais écrire juste : un jeu
Comme si parler à la première personne du singulier était un aveu !
Écrire c’est affirmer le superflu en taisant l’essentiel, l’essence même
Les mots ne sont qu’esquives, de sourires, esquisses de souffrir
Ouvrir les battants de son cœur tout en sachant qu’on y tiendrait jamais à plusieurs
Écrire c’est avorter sans cesse, se dépeupler à vue d’œil sous un masque grotesque
Seul le nombre me trahira, seule à chercher la sortie pour y mourir un leurre
Écrire c’est une façon de ne jamais exister tout à fait, dans les faits, c’est du vent
Se poser à la fenêtre et regarder les jours tomber tout en imaginant comment ?
ça pourrait bien ou mal se terminer, mais avant :
Laisser une trace de son passage et des coquilles sur une page
Les escargots sont des écrivains nés, l’encre : de la bave
Écrire c’est fuir l’instant, être en retard sur le présent
Écrire c’est une feuille ramassée quand l’automne est passé
Déjà l’arbre coupé, et l’herbe sous les pieds
De nez au destin, mais ne pas voir plus loin
Que les lattes du parquet fleurirent à tout moment
Écrire c’est l’éclair qui vient fendre le ciel lorsque l’orage a cessé
Écrire c’est perdre le temps qu’il fait à le décrire
Répondre à des questions que personne n’a posées
Écrire c’est pas l’instantané mais l’instant d’après
Écrire c’est discuter tout seul son rêve à partager
Écrire c’est se branler et t’inventer participer
Tâcher d’encre et de tout comprendre
Écrire c’est toute ma vie que je peux déchirer, multiplier, brûler, froisser, recommencer, à l’envers, à l’envie, lui résister, une parade, à l’infini,
La vie s’écrit sans moi, c’est pour ça qu’j’écris pas, mais que j’des cris perçants sur une page un peu dur de la feuille qui rêve de s’envoler en hurlant : « C’est quelle couleur la peur ? »
J’écoute : http://riencompris.net/